La réforme de l’assiette sociale des indépendants, qui s’appliquera à partir de 2026, vise à simplifier et harmoniser le calcul des cotisations sociales pour tous les professionnels indépendants. Actuellement, les médecins paient des cotisations sur deux bases différentes : une pour les cotisations classiques (maladie, retraite, etc.) calculées sur le BNC (Bénéfice Non Commercial) et une autre pour la CSG/CRDS, cette dernière étant calculée sur une base augmentée des cotisations sociales. Cette méthode complexe entraîne une sorte de « double cotisation ».

La réforme prévoit une assiette unique, égale au BNC augmenté des cotisations sociales, après application d’un abattement de 26 %, plafonné à 1,3 fois le plafond de la Sécurité sociale (environ 232 000 euros de BNC). Ce changement a trois objectifs principaux :

  • Simplifier le système en n’ayant qu’une seule assiette.
  • Rendre le système plus équitable en alignant le traitement des indépendants sur celui des salariés.
  • Augmenter les droits à la retraite, puisque pour compenser une baisse globale des charges d’environ 170 millions d’euros par an, les cotisations maladie et retraite seront augmentées.

Les conséquences de la réforme varient selon les secteurs :

  • Secteur 1 : Les médecins verront une baisse de leurs charges (entre 2 et 5 %) et une augmentation de leurs droits à la retraite, profitant ainsi d’un système plus avantageux.
  • Secteur 2 : La réduction de la CSG ne compense pas l’augmentation des cotisations maladie et retraite. Ainsi, les médecins de ce secteur subiront une hausse globale des charges d’environ 5 %, pouvant représenter une perte annuelle de 3 000 à 5 000 euros pour certains, surtout ceux aux revenus élevés.

Par ailleurs, la CARMF (Caisse autonome de retraite des médecins de France) bénéficiera de cette réforme grâce à l’augmentation des cotisations retraite, ce qui devrait permettre de maintenir ses réserves financières au-dessus de 2 milliards d’euros, contrairement à la situation actuelle où elles se tarissent d’ici 2039.

Enfin, plusieurs syndicats de médecins, notamment celui d’Avenir Spé, dénoncent cette réforme. Ils estiment qu’elle favorise principalement les artisans indépendants sans tenir compte des spécificités et de la situation particulière des médecins du secteur 2, et réclament soit un moratoire, soit une compensation tarifaire pour atténuer l’impact de la hausse des charges.

Dans sa dernière Newlsletter envoyée le 15 janvier 2025, la Caisse autonome de retraite des médecins de France (Carmf) évoque l’entrée en vigueur, depuis le début de cette année, de la réforme du régime invalidité-décès des médecins libéraux affiliés.

Selon la Carmf, cette révision doit permettre « une meilleure adéquation des cotisations et des prestations selon les revenus ». En préambule, la caisse rappelle que son régime social obligatoire couvre trois risques auxquels est confronté le professionnel de santé : l’incapacité temporaire (il perçoit des indemnités journalières [IJ] à partir du 91e jour d’arrêt de travail), le décès (une indemnité décès est versée à sa famille à sa mort) et l’invalidité (une rente temporaire est versée au médecin jusqu’à sa mise à la retraite).

La Carmf reconnaît que la création de classes de cotisations en 2012 a « généré des effets de seuil, rendant certaines prestations parfois jugées insuffisantes ». Elle indique que, « dans certaines situations, les prestations d’indemnités journalières ou d’invalidité de ce régime peuvent être inférieures à celles versées par le régime des indemnités journalières des professions libérales ».

Avec la réforme, la Carmf offre des prestations IJ « au moins égales » à celles offertes par les prestations servies par l’Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (Urssaf) à partir du 4e et jusqu’au 90e jour d’arrêt de travail. La Carmf explique que pour les trois risques, la cotisation se subdivise désormais en deux parts : une part forfaitaire de 434 euros et une part proportionnelle de 0,4 % des revenus plafonnés à trois fois la valeur du PASS (Plafond annuel de la Sécurité sociale, fixé à 47 100 euros depuis le 1er janvier). Elle précise que pour les revenus inférieurs à un PASS, la cotisation reste fixée forfaitairement à 623 euros.

Du côté des prestations, la caisse fait savoir que les IJ demeurent forfaitaires pour les médecins dans les classes A et C, tandis qu’elles sont devenues proportionnelles aux cotisations versées pour les médecins de la classe B.